
Bienvenue sur le blog du Petit Nicolas mais en Plus Grand !
Ce blog présente les navrantes aventures d'un ex étudiant en droit gaffeur et étourdi, sous la forme de petites histoires tirées de la vie réelle et tournées monstrueusement en auto-dérision. Depuis Juin 2011, le blog traite de mes nouvelles aventures au Canada et de mon installation à Montréal. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu les anciens posts pour comprendre les nouveaux, ceci étant, et si c'était par la fin du blog que tout commençait ?
Alors pour reprendre depuis le début : 31 Octobre 2005 - Halloween et moi
Bonne lecture !
Nicopoi@GrandNicolas.com

Le lundi matin, c'est toujours aussi douloureux de se lever que de marcher pieds nus sur un tapis de fakir rouillé (et plus sous garantie constructeur, tiens).
Ca, c'est ce qui n'a pas changé depuis mes années fac.
Et qui ne changera pas le prochain quart de siècle, évidemment.
Je me lève tous les matins de la semaine à 8h55, c'est à dire 10 minutes après que mon réveil ait sonné, donc 10 minutes en retard sur le temps minimal et incompressible qu'il me faudrait pour prendre ma douche, nourrir mon chat qui tente de me tuer en se foutant dans mes jambes quand je lui verse son miaoumiam qui sent mon arrière grand-mère, et parcourir sur mon vélo les 800 mètres qui me séparent de mon boulot.
Sans parler du fait que mon vélo ne trouve rien de mieux à faire pour me retarder un peu plus que de dérailler lorsque le feu vient de passer au vert et qu'un bus au format char Leclerc vient de prendre juste derrière moi une accélération de formule 1.
Le lundi donc, arrivé cardiaque à mon poste de travail à 9H39 9H30 précises, ma première activité consiste à trouver la bouilloire dans la cuisine de mon boulot, chose particulièrement difficile lorsque l'on a les yeux d'un lapin atteint de la myxomatose un lundi matin à 9H40 9H31.
… Mes collègues vont enfin comprendre pourquoi la moitié de la bouilloire est répandue sur le sol chaque matin.
Mon café chaud, je m'installe devant mon ordinateur portable de boulot, impeccablement rangé en face de moi, ainsi que devant ce qui fut un temps un quart de la forêt Amazonienne, et qui se présente aujourd'hui sous la forme certes moins glamour de contrats, courriers d'insultes d'avocats teigneux, bref, plein de petites choses qu'on a pas envie de voir en sirotant son café brulant.
Raison pour laquelle je me plonge en lieu et place dans la lecture attentive de mes mails reçus le week-end.
... Mails qui contiennent des contrats, des litanies d'injures d'avocats teigneux ET numériques, etc ...
A midi, je sors de la lecture de toute cette prose pour constater que j'ai encore oublié d'organiser mon déjeuner, alors que la veille je m'étais invariablement juré de le rendre utile en en profitant pour entretenir mon réseau de contact.
En plus, je suis trop sur que Francois F. serait disponible, pris comme ca par surprise un lundi midi.
L'après midi, j'épluche enfin le courrier qui fait ressembler mon bureau au pont de San Francisco lors du tremblement de terre de 1906, et je commence à répondre aux plus urgents, voir même j'empoigne mon téléphone pour déminer de suite le terrain avec l'auteur de la missive incendiaire si je sens qu'il est à deux doigts d'envoyer l'armée, sinon l'Otan chez nous.
Y'a des nerveux, tout de même.
Quoique théoriquement, je pourrais me permettre de quitter le boulot à 18h sans trop m’angoisser sur une probabilité plus ou moins forte de devoir aller à court terme me faire expliquer à l’ANPE comment on rédige un CV par une andouille même pas foutue de faire la différence entre un Complément d’objet direct et indirect (et bim, j’ai insinué le doute en vous d’un coup, là !), ce n’est qu’à 19h les yeux aussi explosés sur mon écran que s’ils avaient fait un séjour au four à micro-ondes que je pars, histoire d’attraper ma brune à la sortie de son boulot.
Et chaque lundi à 19h, je me dis que j’aurais mieux fait de rentrer direct à la maison plutôt que passer 30 minutes à chercher l’improbable station de vélib qui ne ressemble pas au crâne de Michel Drucker.
C’est fou ce que c’est vide, une station de vélib un lundi à 19h.
Fin de journée donc pour le lundi, la brune et moi ressembleront généralement ce soir là, effondrés sur le canapé, à 2 croutes de fromage Président dans un frigo dévasté.
Parce que j’ai évidemment oublié toute la journée d’appeler du monde pour sortir ce soir là.
Putain de lundi.
Il y'a quelques mois de cela.
Constatant que nous avons écumé en un temps particulièrement indécent les premières bouteilles qui devaient constituer un « apéritif vite fait juste pour le plaisir de se voir » (les soirées les plus décadentes commencent toujours de la sorte, je devrais le savoir depuis le temps !), je me tourne vers Clément, et lui dit de la façon la plus ingénue :
« Je devrais peut-être retourné chercher quelques bouteilles »
Gros silence.
« C'est un peu loin, tout de même »
Clément ne comprend toujours pas où je veux en venir.
« Si seulement j'avais un moyen de m'y rendre rapidement, qui possède des roues, des pédales, et un guidon ... »
3 minutes trente plus tard et les clés du cadenas du vélo de Clément en mains, je m'approche du cycle, qui à première vue et sans à priori aucun ressemble vaguement au Titanic tel qu'on l'a retrouvé 50 ans après sa collision très médiatisée avec un glaçon dans l'Atlantique Nord.
Les fois où je me cogne le pied dans notre table (très. Trop.) basse devraient à mon humble avis rencontrer un écho autrement plus significatif.
J'empoigne le vélo, donc. Et il se passe alors un truc un peu étrange, un peu comme avec ce gamin pas super mature il y'a quelques (centaines) d'années de cela, lorsqu'il avait retiré une bête épée coincée dans un socle à la noix de marque probablement suédoise :
Je parcours en 30 secondes et la moitié de coups de pédales, une distance qu'eus-je tenté (le subjonctif, c'est vachement impressionnant tout de même) avec mon propre vélo, j'en serais encore à ramasser ma langue dans le caniveau aujourd'hui.
... Inutile de dire qu'après cette sombre expérience, je ruminais sévèrement contre ma machine et que celle-ci se retrouvait sur le banc de touche, ou plutôt parquée dans l'endroit de mon immeuble que certains appellent cave mais que je nommerais plus justement gros gruyère dont le plancher branlant et craquant ferait passer pour sécurisées ce qui reste de bâtisses dans la petite ville Italienne d'Onna ...
(...)
6 mois plus tard.
Lorsque je me rendais compte que tout compte fait, il n'était pas si mal de se rendre au boulot en vélo, et que surtout, j'avais probablement pris en poids depuis que je l'avais remisé au garage de quoi me faire surnommer levier d'Archimède (ce qui est toujours vexant, forcément), je me rendais dare-dare sur Ebay, ou je dénichais un vélo qui me semblait pas mal du tout.
Il ressemblait au vélo de Mat.
Un critère valable comme un autre, surtout lorsque l'on s'appelle Nicolas et que son propre sens du jugement est aussi réputé qu'un cheeseburger LeaderPrice surgelé.
Je retrouve donc mon vendeur à Colomiers, bourgade qui donne aussi envie d'y vivre que le tunnel du Mont-Blanc pris en son milieu, et après avoir essayé l'engin sous le regard attéré de ma brune, que l'on pouvait deviner anxieuse à l'idée de revoir partir son homme le matin sur un vélo au milieu de chauffards kamikazes, l'affaire est conclue, pour une modique somme à faire hurler d'angoisse l'expert comptable d'une équipe du Tour de France.
Un brin d'anxiété commence toutefois à me prendre à mon tour au moment de payer, commençant à poser des questions au vendeur dont chaque réponse appelle une nouvelle question laissant transparaitre un je ne sais quoi de « bon dieu, qu'est ce que je suis en train de faire, là ? », mais c'est assez commun chez moi.
Je suis un épouvantable acheteur.
Je rentre à la maison, le vélo dans ma petite 306 rouge, et après avoir pris un bain de poussière de bois (efficaces, les termites !) sur la tronche au moment d'ouvrir la porte du cellier, je me retrouve en équilibre sur les quelques lattes de bois qui soutiennent le plancher qui porte décidément mal son nom, mon nouveau vélo en main et que je m'empresse d'attacher à l'ancien, n'ayant pas d'autre cadenas.
(...)
Et comme de juste, je n'ai donc depuis jamais touché à ce « nouveau vélo », ayant effectivement trouvé en le comparant à mon « ancien » que ce dernier n'était tout compte fait pas si mal.
... Si mon nouveau-nouveau banquier trouve mon blog, il va comprendre pourquoi je change de banque tous les 2 jours, tiens.
