Mercredi.
Je venais de me faire une pause au restau du chalet après quelques descentes des pistes de Bromont où j’ai mes quartiers et mes habitudes, c’est-à-dire que je suis le dernier cintré que vous pouvez apercevoir de temps à autre en solitaire sur les pistes sans casque autre qu’audio, diffusant le pire de mes playlists les plus obscures et en rythme avec mes descentes qui n’en ont aucun.
Disons que je fais peu de virages.
En même temps, qui fait des courbes au rythme de Alfonse Brown ?
Oui, c’est le niveau de mes playlists les plus dark. Je m’attends tous les jours à recevoir la lettre d’excommunication de Spotify, de ce fait.
Bref, je me faisais plus ou moins la chronologie de la suite des évènements, à savoir faire quelques descentes de plus avant l’inévitable mcdo du retour, tout en cherchant nonchalamment (non mais il est compliqué ce mot, allez-y, dites-le à voix haute pour voir ? Non-cha-la-ment ? Non arrêtez, vous avez l’air ridicule) mes skis.
Nonchalance qui allait se transformer en net désappointement quand il s’avère que skis, il n’y avait plus.
J’étais très désappointé.
Essayez-juste de me faire croire que vous ne l’avez pas lu dans votre tête avec l’intonation de Zorg dans le 5ème élément.
Après avoir promené mon désarroi le long des racks et pas raté une occasion supplémentaire de passer pour un fou en maugréant à voix haute, j’arrivais à la fatale conclusion : j’avais bel été bien volé.
Et j’en étais bien mari.
Non mais on parle soutenu ici ou bien ?
Alors que je marchais avec dépit vers ma voiture, je passais devant le service à la clientèle et … j’avisais posé sur un rack une paire de skis semblable à la mienne, mais comme je pouvais aisément le constater en regardant immédiatement mes photos prises sur le télésiège 2h plus tôt (d’où mon intérêt pour les photographies de pieds, comme je le disais au juge d’instruction pas plus tard que cette semaine), que hélas non, il ne s’agissait définitivement et sans le moindre doute pas de la même paire qui m’avait été volée et avec laquelle j’avais skié toute la soirée.
Un moment d’égarement ?
Une colère sourde contre l’injustice dont je m’estimais la victime ?
Avisant les lieux, et après avoir lancé quelques regards à la dérobée, je commettais peu fier je l’avoue le scandale : je m’emparais prestement des skis et traversais la tête basse le parking plus vite qu’il n’en faut pour un dictateur Vénézuélien et moustachu pour se faire tirer du lit.
Aussi, quelle idée, cette moustache.
Ah, mes aïeux. Je suis rentré vraiment pas fier à Montréal, appelant du Mcdo la station pour demander si par hasard, quelqu’un avait perdu et/ou retrouvé des skis, et croyez moi que c’est pas une question facile à poser, surtout en insistant lourdement sur le et/ou.
J’ai fini par m’habituer à ma schizophrénie latente, mais je ne m’attends jamais à ce que les autres en fassent de même.
S’entendre, s’habituer à ma schizophrénie latente.
Il ne fallut pas 24h de bouderie de ma brune qui est l’honnêteté même et la bouderie aussi pour que je ne jure de ramener les skis à leur vrai propriétaire, ce dimanche même.
(…)
N’ayant pas reçu de réponse du service client de Bromont et mes messages publiés sur la page Facebook de la station étant restées lettres aussi mortes que la mer du même nom, je décidais de skier au moins aujourd’hui avec ces skis, avant de les ramener aux objets trouvés de Bromont après la dernière descente.
Je m’arrêtais à un atelier un peu avant la station, toujours peu fier à l’idée de la scène qui m’attendrait si mon larcin avait été signalé à la boutique locale.
Fier, mais pas téméraire, donc.
Je payais les 25,55$ réclamés pour l’ajustement demandé, me répétant dans ma tête ce que je dirais si on m’interrogeait sur la provenance de ces skis.
Chatgpt est un amateur en scénarios à coté de mon cerveau dérangé, disons.
L’employé, revenu après moins d’une minute dans son atelier :
« …Excusez-moi, mais vos skis étaient déjà ajustés à vos chaussures ? »
« Je. Glubs. Pardon. Quoi ? »
(…)
Ces skis étaient MES skis.
J’ai donc skié toute la soirée de mercredi avec des skis qui n’étaient pas les miens, et quand je prenais en photo les skis à mes pieds sur le télésiège mercredi, je prenais en photo les skis qui avaient été intervertis plus tôt dans la soirée dans un sempiternel moment d’inattention, avant qu’une main innocente ne remette la main pendant ma pause bière sur SES skis et ne laisse sans doute les miens devant le service client.
...Je songe à consulter, oui.
Des fois.





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