13 décembre 2007
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Ray Parker - GhostBusters
L'histoire suivante qui va vous être narrée est basée sur des faits réels (bon , ok , comme toutes les autres histoires , mais il paraît que ça fait pro de présenter comme cela) . Pour ne pas entraver la bonne marche de la justice et protéger les innocents , il convient d'avoir en tête à la lecture de ces quelques lignes que certains des protagonistes n'étaient peut-être et contrairement aux apparences pas encore tombés dans les affres du délire le plus complet , et que le fait que la cocaïne ait probablement remplacé les globules blancs dans leur sang ne doit pas nous conduire pour autant à les juger trop sévèrement .
Rire plus que de raison de leur ridicule , ca oui , on peut faire . Oulala , oui .
(...)
Brune et moi nous sommes récemment entichés de l'impro , ce terme terriblement vague désignant le rassemblement de gens vachement rigolos qui , par exemple , n'ont pas honte de mimer instantanément le dindon lorsqu'on leur demande d'improviser un sketch sur les relations salariés-employeur .
Et ce qui est génial avec l'impro , c'est que l'on peut sans état d'âme sortir du monde du réel .
Oui , je dis ça parce que c'est tout de même rarement le patron qui se fait plumer par ses
Hier soir , c'est donc le sourire aux lèvres que nous nous rendions au café Rex , qui n'est plus seulement l'endroit dans lequel je me suis démoli ridiculement l'épaule à vouloir danser sur une de leurs connes de tables glissantes , mais est aussi et maintenant l'endroit recevant le mercredi soir ces rendez vous d'improvisation dont je me faisais le chantre ci dessus .
Nota Bene tant que j'y pense : Ced et les autres , je vous déconseille tout de même de vouloir faire un sketch sur , dans les airs environnant , et sous une des tables hautes .
... Déjà fait .
Cependant , alors que nous arrivions à la caisse , nous sentions plus rapidement qu'il n'en faut à un Khadafi pour rigoler joyeusement des questions attenant aux droits de l'homme , l'avion-que-tout-le-monde-nous-envie (et qui se scratche au moindre courant d'air au bout d'un an de mise en service) , que y'avait
« Coucou Nic et Brune , vous n'avez pas reçu mon sms ? On voulait vous prévenir que ... disons qu'avant le début de l'impro , on va devoir laisser la scène pour 30 minutes à de la danse ... contemporaine , y'a eut un mic-mac et on a pas tellement eut le choix ... »
Mes pieds patinent frénétiquement sur place tandis que je tente vainement de me dégager de la poigne de fer de brune qui avait vu le coup venir , et celle-ci fait alors montre d'un véritable talent pour payer d'une main tandis que l'autre retient un Nico aux aguets de la première occasion de prendre comme il se doit la tangente .
J'ai un véritable talent pour flairer les traquenards .
Et pour m'y fourrer les deux pieds dedans ? Aussi .
Je commets alors une erreur tragique . Pensant qu'un peu d'alcool permettrait d'atténuer ma douleur de m'être laissé piégé tel la vile galinette cendrée que je suis , je laisse brune seule à la table que j'ai stratégiquement choisi le plus en arrière possible de la scène .
Lorsque je reviens deux verres à la main , brune a reconsidéré unilatéralement mon choix et nous a placé aux avants postes , sans retraite possible .
Napoléon III aurait rigolé de moi , tiens .
Sans doute avaient ils peur que nous ne soyons pas capable de comprendre tout seuls comme des grands ? Toujours est-il que 5 minutes étaient laborieusement perdues à nous expliquer que nous allions voir de la danse contemporaine (aaaaah!) , sur le thème du Petit Prince (oooooh!) , et d'ailleurs , qu'aux Etats-Unis , le livre avait été traduit sous le titre de « The Little Prince » .
Brune renforce sa poigne sur ma cuisse .
Tentative de retraite désespérée avortée . Une de plus .
Ca y'est , ca commence ... mal : la sono est fournie par un mini poste comme on en vendait déjà plus au début des années
Un type dont la tête m'évoque celle du personnage dessiné sur le plateau de jeu du Dr Maboul fait son entrée sur scène et commence à jouer son rôle .
... C'est à dire qu'il avance mollement sur scène , un arrosoir à la main et faisant des grimaces à faire passer Jim Carrey pour un acteur dramatique .
Je cherche des yeux un endroit ou me planquer , au cas ou il sortirait de ses poches une arme .
Sait-on jamais .
Rentre à son tour une danseuse , quoique j'hésite à retenir cette qualification ou celle plus proche de la réalité que serait « tas d'os » (l'anorexie , ca se soigne ?) , qui , sur une musique assez proche du bruit que faisait la craie du prof quand elle crissait sur le tableau noir , tournoie sur elle même dans un peu tous les sens , sans véritable raison apparente .
Peut-être le café Rex est-il chauffé au sol ?
La pauvre , comme ses
Le pire n'était toutefois pas encore intervenu . Allait rentrer sur scène un bonhomme coiffé à la John Malkovitch dans le film qui porte son nom , des paillettes dans les cheveux , affublé d'un costume de danse grotesque (vous danseriez en peignoire , vous ?) et comble de l'ignominie suprême , d'un petit noeud papillon rouge . Et dans cet accoutrement , l'énergumène , tirant une tronche tendant à prouver que la drogue , cela ne touche pas que les jeunes générations , se mit à faire des petits sauts carpés qui plongèrent l'assistance , majoritairement venue pour l'improvisation , dans la plus troublante des expectatives .
... Les visages des spectateurs s'enfonçaient tellement dans leurs mains que l'on en voyait par moments plus que ces dernières . Et un instant , je cru même de me retrouver sur l'île des manu-manu , pour ceux qui connaissent la bande dessinée Philémon ...
Brune me lance un regard courroucé quand je tente d'allumer nerveusement ma 3ème cigarette en autant de minutes . Je songe à m'ouvrir les veines .
Tout à ses sauts carpés , l'illuminé ne voit pas rentrer sur scène le nouveau personnage , censé à priori -et pour peu que l'on veuille bien s'accorder sur le principe de l'existence d'une mise en scène- symboliser la fleur du Petit Prince , mais à mon goût plus proche de symboliser une vieille pute/proxénete allant sur son déclin qu'autre chose .
Non , parce que le porte jarretelle , c'était franchement atroce .
Je croyais avoir tout vu . J'avais été mis hors d'état de nuire à vie , agonisant que je l'étais sur ma chaise , espérant entre deux sursauts nerveux qu'une intervention divine sanctionne d'une crise cardiaque fulgurante les salauds qui m'infligeaient ça .
Mais dans un dernier spasme qui secoua mon pauvre petit corps martyrisé par l'abominable vision , je crus apercevoir , avant que je ne meure foudroyé de terreur tel une bête victime du film The Ring , un homme-lampadaire , qui lui aussi se mit à faire des sauts carpés , menaçant à chaque instant de se cogner avec les poutres du bar (la lanterne lui avait été collée sur le front , sic) , tandis qu'un Ponce Pilate (????!!!!) de pacotille faisait des entrechats avec le débile au peignoir .
... Si je vous disais que même les gamins de 7 ans dans la salle semblaient attérés de constater que les Pokémons ne sont finalement pas un jeu virtuel ...
(...)
Le premier qui me reparle de danse contemporaine , je le défenestre .
Et je suis gentil : je prends très mal le fait de savoir que chaque fois que j'entendrais High Hopes des Pink Floyd , pourtant l'un de mes morceaux préférés , je repenserais à un pauvre type en tutu faire des sauts de lapin en clignotant les paupières ...
Les salauds , ils ont osé .
