On ne né pas Poirier, on le devient.
Cela aurait pu être le blason de Mamoune s’il lui en avait fallu un, elle qui née Durocher, pourrait être aujourd’hui enterrée plutôt à Sèvres qu’à Chaintreaux pour servir à jamais de référence en définition à une « Poirier ».
Car Mamoune était une sacrée Poirier.
Déjà, disons-le, elle a enterré et/ou envoyé à l’asile plusieurs générations de nutritionnistes et cancérologues, elle dont le régime alimentaire aura presque jusqu’au bout pu se résumer à manger des Mars et fumer un paquet de cigarettes à l’heure, environ.
Son secret de la recette du champagne au cassis disparait dieu merci avec elle, ceci dit au passage.
En bonne Poirier, Mamoune en a enterré, des pronostics et des vedettes, enterrant dans la dernière ligne droite Delon, Bardot –dont il n’a jamais été démontré que cette dernière lui avait tout piqué-, Johnny, Birkin, et même Chirac.
Au point que l’on pouvait légitimement se demander qui de Drucker ou elle aurait le dernier mot.
Hélas, elle a perdu, mais eh, c’était sans doute beaucoup trop de demander pour celui-là.
Quand je pense à Mamoune, je pense assez instantanément à la cigarette, donc. Je me rappelle surtout que un an après avoir arrêté de fumer, elle m’avait accueilli sur son perron, avec spontanéité, et avec l’emphase modeste qui lui sied tant sur ces bonnes paroles : « Oh mais ce que tu as grossi ! ».
Mon « Bonjour Mamoune » failli devenir le « au revoir » de Giscard d’Estaing tout aussi spontanément.
Ce qui m’amène à la deuxième chose à laquelle je pense spontanément en pensant à Mamoune : cette manière de parler en, disons pour minimiser, en faisant des tonnes comme si le Titanic venait de lui retomber lourdement sur les poumons et l’obligeait à expulser d’un coup d’un seul la remarque qu’elle avait en tête.
Elle était TRES spontanée.
Comme c’était une Poirier, elle aimait aussi corrompre. C’est ainsi que dès l’age de 6ans, j’étais initié par Mamoune à pratiquement tous les types de jeux de cartes, à l’exception du bridge, dont elle garda jalousement secret de ce jeu qu’elle adorait, et qu’il lui arrivait régulièrement de pratiquer pour défier les plus grandes légendes octogénaires asthmatiques de l’Ouest du Trocadéro.
De la même manière, à moins que Henry ne décide enfin aujourd’hui à se parjurer, nous ne saurons donc jamais comment elle faisait pour passer cette fichue cigarette allumée à travers son foulard, et c’est pas faute d’avoir insisté. Mais si une Poirier adore avoir son public, non, elle ne trahira pas le secret ultime des magiciens de Passy.
Et puis, l’explication est donnée sur Youtube par un anonyme de service, en fait.
En réalité, et toute exagération Poiriesque de ma part mise de coté, et en y repensant bien, il est évident que pour moi, Mamoune est cette adorable grand-mère qui m’offrait un refuge chaque mardi soir de mes 6 à 10 ans, ce qui était bien pratique les fois ou mon bulletin de notes était tombé le mardi après-midi même.
Le retour à la maison du mercredi après-midi était pas toujours rigolo, dans ces conditions.
Surtout, il avait aussi et surtout été précédé d’une journée entière avec Mamoune, parfois aussi un peu avec « Palais », pendant laquelle le plus souvent nous allions parcourir tout Paris en métro, si possible aérien, pour nous rendre à l’un ou l’autre des cinémas de la ville que nous avions trouvé dans « l’officiel des spectacles ».
Bon dieu, je me sens tellement vieux en le disant.
C’est donc grâce ou à cause de Mamoune, de temps en temps relayée certes par Papa ou par Bruno, m’enfin le plus souvent Mamoune que j’ai aimé le cinéma, et je me souviendrais toute ma vie de cette fois où arrivés en retard sur les Champs Elysées pour la séance du film du jour, nous avions pris le film en cours de route, et étions restés pour la deuxième séance pour voir la partie que nous avions manqués.
C’était le film Hot Shot, et nous sommes donc partis très rapidement après ou pendant la scène de la cuisson du bacon sur nombril.
Au revoir, Mamoune.





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