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Bienvenue sur le blog du Petit Nicolas mais en Plus Grand !

Ce blog présente les navrantes aventures d'un ex étudiant en droit gaffeur et étourdi, sous la forme de petites histoires tirées de la vie réelle et tournées monstrueusement en auto-dérision. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu les anciens posts pour comprendre les nouveaux, ceci étant, et si c'était par la fin du blog que tout commençait ?

Alors pour reprendre depuis le début : 31 Octobre 2005 - Halloween et moi

Bonne lecture !

Les Prud'hommes


Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /2008 17:52

Coldplay - Speed of Sound




Pour ceux qui auraient pris ce blog en cours de route (ce qui serait lamentable et consternant, mais bon, loin de moi l'idée de vouloir vous juger), alors que je n'avais pas totalement bouclé ma première année en droit (disons qu'il me restait seulement 8 matières sur 11 à passer à la repêche), je me suis lancé dans une procédure aux prud'hommes contre l'employeur indélicat qui fut le mien cette année là, employeur dont la particularité était de croire qu'un employé adore faire des heures supplémentaires à tire-larigot gratuitement et rien que pour ses beaux yeux.

Fatale erreur, d'ailleurs : il n'avait même pas de beaux yeux.

Cette expérience, qui contribua à me faire comprendre toute la portée de la notion d'ulcère carabiné, dura plusieurs années, durant lesquelles j'allais me défendre seul (sans avocat, ndrl) face à une avocate qui m'inspira à chaque fois que je croisais le fer avec elle le sentiment que dans le fond, les Aliens ne sont pas si effrayants que cela, tout en sachant pertinemment que je ne partais peut-être pas dans cette aventure avec les meilleures cartes en main, mon employeur étant également juge aux prud'hommes du tribunal où je l'attaquais.

Quand je vous dit que j'ai tout de même des tendances maso.

Pour résumer rapidement la procédure, voilà ce que cela a donné :

- J'ai dans un premier temps attaqué en référé, où j'ai à peine eut le temps de me réjouir, puisque la décision qui me donnait raison étant étrangement mal argumentée (à croire qu'une main innocente avait fait sauter le passage expliquant pourquoi on me donnait raison), j'allais me faire pourfendre par la Cour de Cassation avant d'avoir pu digérer convenablement la bouteille de champagne que j'avais imprudemment débouchonnée.

- Dans un second temps, nullement décontenancé par l'étrange coup du sort que m'avait réservé le référé, j'allais me lancer donc dans une procédure au fond. Ayant reçu un courrier de l'avocate m'informant qu'elle demanderait à l'audience un report, je jugeais utile de ne pas me déplacer : le temps de me raviser, je n'avais plus que mes yeux pour pleurer et mes mains pour signer une nouvelle réinscription du dossier lorsque je constatais que l'avocate avait profité de cette absence pour faire annuler la procédure.

Lorsque enfin nous plaidions (1 an plus tard, l'avocate prétextant à chaque fois un nouveau report), les juges allaient décider de ne rien décider et de s'en remettre à un juge départiteur, c'est à dire un juge professionnel (du TGI, ndrl) qui allait s'avérer être la mère de l'un de mes meilleurs amis du collège.

J'ai eu beaucoup de meilleurs amis au collège.
Juste le temps de me rendre compte qu'ils ne l'étaient pas tant que ça, en fait.

Par conséquent, et cette dernière me reconnaissant ce qui aurait tendance à démontrer que je n'ai pas vieilli tant que ça mais passons, la juge allait se déclarer incompétente, et l'affaire était renvoyée devant les prud'hommes de Carcassonne. Ces derniers allaient considérer que n'ayant pas transmis la copie de mes pièces à la partie adverse, et bien que la procédure aux prud'hommes soit orale, le respect du contradictoire n'avait pas été respecté, donc ma procédure était abusive, donc bim : c'est moi qui me retrouvait condamné à verser des dommages intérêts à mon ex employeur.

Moins de 5 secondes après avoir lu cette décision, et nonobstant mon cœur se la jouant soudainement « Alerte à Malitoulouse », j'avais fait appel de cette décision que les opposants de Dopey auraient probablement jugé d'inique.

C'est ainsi que 6 mois plus tard (ou plus, mais nous n'en étions plus à quelques années près), l'affaire allait repasser devant la Cour d'Appel de Montpellier. Pendant que ma brune (déjà !) se trémoussait sur son banc en se demandant si elle pourrait profiter du statut de veuve sans que nous ayons été mariés, l'avocate allait sortir la même argumentation assez consternante que celle que j'avais entendu 4 ans durant, m'opposant des attestations bidons des employés (notamment d'une fille qui avait été mon amie et que j'avais fait rentrer dans le boulot pour lui rendre service. Les photos de son mariage avec le fils du patron sont sur Facebook ...), et des roulements de yeux à faire peur à un public pourtant averti.

Cela jusqu'à ce qu'un juge lui fasse placidement remarquer que « mais c'est totalement illégal » de payer des heures supplémentaires sous la forme de primes masquées.

... Je me suis rarement senti aussi puissant qu'en la regardant à ce moment là, ces quelques secondes où les bras lui en sont tombés, et la bouche par la même occasion.

L'autre fois, c'était quand j'avais volé un « Tigrou géant » dans un cinéma du centre ville.
C'est dire.

(...)

Tout cela pour dire, aux amateurs qu'une aventure aux prud'hommes tenterait :

- Oui, il est possible de s'auto-représenter aux prud'hommes. Dans le fond, ce n'est pas si difficile, et les affaires aux prud'hommes n'étant généralement pas les plus rémunératrices pour des avocats, vous aurez très probablement plus de conviction que l'un d'eux pour expliquer les raisons de vos griefs. Ceci étant, je recommande de ne pas s'auto-représenter lorsque le conflit porte sur plus de 3 années de travail : un avocat saura plus surement trouver des subtilités dans ce type de cas de figure pour augmenter les dommages-intérêts qui pourraient vous êtres versés.

- Non, n'espérez aucun traitement de faveur parce que justement, vous ne seriez pas avocat. Il vous sera demandé de fonder vos demandes, et lorsqu'un juge dit « fonder », cela veut dire se baser sur des articles du Code Civil, du Code du Travail, etc, et surtout, il vous faudra prouver vos dires, cela de façon cohérente et non exagérée : le Zola n'a jamais ému un conseiller aux prud'hommes.

Ou du moins ils ne sont pas nombreux.

- « La procédure est orale », soit. Mais cela veut dire beaucoup de choses : dans un premier temps, qu'il vous faudra tout de même rassembler un certain nombre de preuves écrites, et qu'elles devront constituer un dossier que vous devrez transmettre (la copie, pas les originaux malheureux !) à l'avocat de votre ex employeur, en plus de conclusions qui résumeront vos griefs. Dans un second temps, procédure orale signifie : c'est à l'audience, lorsque vous prendrez la parole, que se jouera votre dossier. Aux premiers mots que vous exprimerez, le juge se fera une idée sur votre affaire, et ira piocher ensuite dans les dossiers les éléments qui étayeront son idée. Donc ne croyez pas un fugace instant que le juge ira regarder à la loupe les papiers soigneusement annotés de votre dossier : si vous vous êtes royalement vautrés à l'audience, vous pouvez d'ores et déjà préparer votre déclaration d'Appel.

- Non, on ne dit pas « Votre honneur ». Arrêtez les séries américaines, ne levez pas la main droite en disant je le jure, et optez plutôt pour « Monsieur/Madame le président/la présidente » : on est pas en République pour rien.

- Oui, rassemblez toutes les preuves que vous pouvez. Vous avez le droit de faire des copies dès lors qu'elles peuvent servir votre dossier, et elles seront drôlement utiles. Concernant vos horaires de travail, notez les soigneusement dans un agenda, celui-ci fera une preuve tout à fait valable, même si votre ex employeur le conteste et produit une attestation de votre ancienne amie du lycée jurant que contrairement à ce que vous dites, le dimanche à 17h15, vous n'étiez pas encore arrivé.

Dire que je t'ai aidée, toi ...

- Il est également possible de s'auto-représenter devant la Cour d'Appel, ce sera devant la chambre sociale de cette dernière.

- Les juges aux prud'hommes n'en sont pas réellement : c'est pour cela qu'on les nomme « conseillers aux prud'hommes », ce ne sont pas des « professionnels » de la justice, mais de simples élus aux élections prud'hommales (celles là même pour lesquelles vous devez voter d'ici la fin de l'année en totale absence de connaissance de cause ...). Ces juges se réunissent à l'audience en nombre paire, un ou deux représentant les conseillers employeurs, un ou deux autres représentant les conseillers salariés. Lorsque les juges ne se mettent pas d'accord, on ne passe pas directement à l'Appel, mais à la départition : cela veut dire concrêtement que aux juges qui n'ont pas réussi à se décider, se greffe un magistrat professionnel (le plus souvent du Tribunal de Grande Instance du ressort), qui fera pencher la balance d'un coté ou d'un autre.

- D'autres question ?


Par Nicopoi
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Dimanche 20 mai 2007 7 20 /05 /2007 19:24


Il y'a 4 ans de cela , j'étais un jeune étudiant en droit prometteur (5 lecteurs morts de rire en moins , décompte continu) , plein de talent , doté d'une énergie et d'une foi en la justice inébranlable , persuadé que je l'étais que les méchants avaient toujours tord et qu'à la fin , un gentil juge mettait fin , ah ah , à leurs machiavéliques machinations .

Mmm ? Ah , pardon .
350 lecteurs morts de rire , décompte continu .

C'est ainsi que tout à l'innocence de mes jeunes années , je me lançais dans une bataille juridique digne selon moi de faire passer celle des thermopyles pour un simple pique-nique champêtre , opposé que je l'ai été à mon ancien employeur , qui s'avéra également être juge dans la juridiction ou je l'attaquais (sic) , et à une avocate , que dans un excès de courtoisie , j'éviterais de décrire car on pourrait me reprocher d'être bassement mesquin .

Vous ne saurez donc pas que je lui trouve un air de chose fripée aux cheveux vaguement blondins (les blancs commençant à prendre le dessus , hééélas) , sorte de croisement entre pollux et ma regrettée prof d'histoire , Mme Fontdeville .

Ceux qui l'ont connu témoigneront dans leurs commentaires . Merci d'avance d'avoir le clavier lourd .

Pour résumer , ayant choisi de me défendre seul , l'affaire à très vite tourné en une sortes de condensé des séries Ally McBeal et Urgences , avec la violence de la passion du Christ dans les séquences les plus hard . De plaidoiries en plaidoiries , nous voguions joyeusement de juridiction en juridiction , gagnant ou perdant différentes batailles , sans toutefois aboutir à autre chose qu'une haine de plus en plus vivace entre les 2 parties .

Lors de la dernière audience , il y'a un mois à Montpellier , que quelqu'un dans l'assistance éternue et c'était la troisième guerre mondiale . Au bas mot .

Aaah , les aminches . Si vous saviez ce qu'il est dur de pas imiter la danse du kangourou en plein tribunal , lorsque vous entendez l'avocate adverse dire une ânerie sans nom , et qu'un juge la reprend en lui disant "mais ... mais c'est totalement illégal !" .

Elle s'est retournée . Cela n'a pas duré longtemps , mais l'espace d'une demi seconde , j'ai vu la peur , la terreur , l'angoisse dans ses yeux , un peu l'expression d'effroi qu'affiche l'abbé Vilecourt dans l'excellent film "ridicule" lorsqu'il se rend compte qu'il a peut-être légèrement surestimé l'humour de Louis XVI . Elle a lancé ce regard de détresse , articulant péniblement un "non mais je ne fais que citer Mr Nicopoi , ce n'est pas ce que je voulais dire moi" .

Comment pouvais je résister au plaisir de répondre "non seulement vous l'avez dit , mais je le prouve ..."

(...)

Mercredi .

J'ai passé la nuit , sinon les 2 dernières semaines , à agrandir juste un petit peu pour rigoler mon ulcère , m'angoissant en me demandant si finalement les juges n'allaient pas changer d'avis . J'ai passé la matinée à me retourner l'estomac , repoussant le moment ou j'appellerais la cour d'appel de Montpellier pour enfin avoir ce résultat de jugement , qui , selon qu'il soit bon ou mauvais , ferait que j'aurais le choix entre retrouver cette confiance qui m'habitait , il y'a 4 longues années , ou entre me pendre en ayant ingurgité du cyanure périmé , sans oublier d'ouvrir le gaz , sait-on jamais .

Enfin , j'appelais .

(...)

Nico , plus que rêveur et déglingué des nerfs , décompresse en fumant une cigarette dans la rue .
L'envie de me détendre me pousse à me diriger vers le kiosque le plus proche , afin de m'acheter le canard enchaîné .

Je rentre dans le commerce , et me dirige directement vers le présentoir . Alors que je relève la tête , ayant saisit mon journal , je constate que l'avocate , enfin , le cochon vaguement blond tendance blanchâtre , est aussi dans le bureau de presse .



Je souris .

"Eeeeh , c'est vous !" , m'exclamais je bruyamment , un sourire radieux inondant mon visage .

Elle leva les yeux au ciel , avec la même expression détestable de mépris qu'au tribunal .
Visiblement , elle ne sait pas . Tant mieux .

Je payais , goguenard . Et en partant , je lançais au commerçant un joyeux "excellente journée" .
... et me penchais à l'oreille de l'avocate excédée , lui soufflant "pour moi , elle l'est ..."

De Profundis .

... Par ses motifs , condamne Mr JPH à verser la somme de X euros à Mr Nicopoi ...


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Par Kane
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Dimanche 20 mai 2007 7 20 /05 /2007 14:13

En attendant le post du jour , je vous recommande de lire ces trois petits articles en rapport avec celui qui vient :

30 Janvier - Un Passage a Tabac - Part 1
31 Janvier - Un Passage a Tabac - Part 2
24 Juin - Rancune Jurisprudentielle



Par Kane
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Samedi 24 juin 2006 6 24 /06 /2006 21:34
« Saleté de téléphone ! » . Il doit être quelque chose comme 7h du matin , et entre le sentiment qu’ouvrir les yeux me serait plus difficile que d’arriver un jour a parler calmement a une personne me soutenant que le communisme n’a jamais été appliqué en Russie , et celui qu’expérimenter a nouveau une frappe non chirurgicale avec l’objet de ma contrariété contre le mur de la poste d’en face serait non seulement idiot mais hautement préjudiciable a mon portefeuille criant effroyablement douleur en ces temps de consommation effrénée , je choisis l’option « tenter de comprendre ce que veut me communiquer l’olibrius n’ayant pas peur de s’attirer ma sainte colère en me sortant du lit a des horaires indécents » .
 
« Nico ? On se retrouve a la voiture alors ou chez toi ? »
 
Gulps . Mon père . Vite , fait fonctionner ton cerveau et essaie de comprendre la raison d’un appel aussi matinal que douloureux . Ok , pléonasme .
 


Se retrouver a la voiture ? Soit . Bien qu’ayant les idées particulièrement confuses , du moins plus qu’en temps normal ce qui reste toujours possible contrairement a ce qu’en pensaient des âmes médisantes , je ne crois pas me souvenir avoir évoqué avec mon doux daron une échappée façon Thelma et Louise , quoique je trouve en soit l’idée particulièrement séduisante . Quand j’aurais compris ce qu’il me veut , je pourrais toujours lui proposer .
 
« Vu que tu es tête en l’air (quand je vous disais que les gens sont médisants) , je me permets de te rappeler de ne pas oublier ton dossier » .
 
Je me suis redressé plus vite qu’il n’en fallait a un vieillard sénile pour éprouver une joie confuse après avoir avalé une pilule bleue . Ou deux . « Le procès ! Carcassonne ! JPH ! La vieille pute d’avocate ! » .
Je confirme : je suis désagréable des le réveil . Particulièrement au réveil . Foutez moi la paix au réveil .
 
Oups , je m’égare .
 
Après avoir pris une douche n’ayant pas uniquement pour propriété d’avoir été aussi furtive que vaguement palliative a ma vague ressemblance a un Zombie de Romero particulièrement amoché , je courrais comme un dératé rejoindre mon doux daron qui par bonheur ne releva pas trop cruellement que mes traits tirés , dus a la soirée de la veille ou je m’étais encore retrouvé a faire des singeries Place du Capitole dans le vague espoir de plaire a une fille dont le prénom m’avait demandé un effort de mémorisation hors du commun (elle dut me le répéter 3 fois , no comment) , bref , que mes traits tirés ne risquaient donc de porter une atteinte trop indélébile a l’image de sérieux que j’allais devoir donner devant mes juges médusés .
 
Ceux la ne sauront jamais que sous la veste enfilée dans l’extrême urgence se cachait une chemise qui était blanche quelques heures plutôt , c’est a dire avant que la soirée ne tourne au concours de lancer de confiture .
 
Etant d’une nature , disons particulièrement anxieuse , et surtout , ayant une tendance a prendre très a cœur mes vieilles rancœurs , les exacerbant parfois plus que de raison (donc pour ceux qui ne savent lire entre les lignes : toujours au delà de raison) , j’ai eu la contrariété d’éprouver depuis ma première rencontre avec cette vieille radasse de violentes pulsions a son encontre , ayant déplacé la haine que j’éprouvais pour l’employeur vers sa représentante , qui au delà de son aspect physique burlesque et pour tout dire particulièrement repoussant (on va encore m’accuser de n’être que moyennement objectif) , m’attaque a chaque audience sur des points qui me semblent en toute honnêteté peu juridiques .
 
Est ce que je fais du délit de sale gueule moi ? Non ? Bon , alors !
 
Après avoir pris 2 cafés qui ne furent pas de trop pour m’éviter un coma somnolique (ne sortez pas le petit Robert , j’improvise) , nous prenions la direction du tribunal , ou j’avais l’espace de quelques minutes le loisir de savourer l’absence de la morue , qui dans son mépris envers la petite juridiction de Carcassonne éloignée de ses standards plus « bourgeois » Toulousain , ne jugea pas utile d’arriver avec moins de 15minutes de retard .
 

Son arrivée grotesque , de par la demi tonne de maquillage étalée sur ses rides plus que naissantes et de par la valise traînée derrière elle comme si elle avait fait une expédition au fin fonds de l’Amazonie , fut un régal pour les yeux que seul le ridicule de Sevran aurait su , potentiellement , égaler .
 
J’ai bien dit potentiellement .
 
A peine était elle arrivée qu’elle commençait son show , arguant que le dossier était mal construit , que des pièces n’avaient pas été communiquées , que j’étais un bouffon , bien que cette dernière pique ne fut pas exprimée audiblement mais le ton y était pour que cela puisse être ainsi perçu par toute personne dotée d’un minimum de jugement propre .
 
Manque de chance pour cette dinde , ayant passablement mal digéré lors de l’audience précédente ce chapitre de son argumentation qu’elle avait complété d’un «Mr Poirier devrait retourner a ses études» , j’avais préparé cette fois ma réplique , et je l’interrompais d’un vibrant « Maître L. semble peu suivre la jurisprudence » , sortant un arrêt qui avait l’avantage d’anéantir violemment son argumentaire , et de la couvrir de ridicule , plus accessoirement .
 
Nico 1 , Radasse 0
 
S’en suivait les plaidoiries . J’avais décidé de prendre une ligne d’attaque soft , ne pas chercher a tirer sur l’ambulance en prenant un ton « je réclame ceci parce que c’est naturel » . Croyez le , dur d’apparaître naturel quand on réclame 5000€ .
 
En revanche , n’ayant franchement aucune chance de défendre l’indéfendable , l’avocate préféra adopter une attitude agressive , m’attaquant sur des points n’ayant aucun rapport avec mes demandes , ce qui en plus de ne pas faire sérieux , avait un coté folklorique , particulièrement lorsque partant dans le hors sujet , elle s’en prenait a un autre employé auquel je n’avais même pas l’espace d’un instant fait allusion .
 
M’attaquer en traitant un autre employé d’obsédé mettant mal a l’aise les femmes était a mon avis une manière plus ou moins implicite (rectification : absolument implicite) de reconnaître que dans l’incapacité de faire fonctionner son cerveau a la recherche d’un vrai argumentaire , la retraite menaçait la pauvre femme …
 
Nico 2 , Radasse 0 mais but plus que volé . J’ai honte …
 
Pour être totalement franc , j’étais quand même un brin tendu a la fin de l’audience , n’acceptant que  difficilement d’entendre nombre d’inepties sans avoir le droit de broncher , ou mieux de fracasser le crane d’une menteuse ayant basé son argumentaire sur tout , sauf des arguments juridiques .

Aussi mon père m’intimait t’il l’ordre de m’asseoir et de laisser filer la morue (je n’ai jamais fait de pêche) , sentant bien que je risquais de la suivre dans un élan de haine avec des intentions aussi peu amicales que celles de la Chine envers Taiwan .
 
Il est vrai qu’une plainte pour coups et blessures eut pu retirer une certaine crédibilité a mon dossier , mais j’avoue que dans cet instant c’etait un risque que j’étais prêt a courir , les yeux exorbités et la haine déformant au possible mon visage crispé …
 
On se venge comme on peut . Ayant après une brève « recherche » sur Internet découvert l’age de l’avocate , je marchais dans sa direction et lui glissait a l’oreille , arrivé a sa hauteur un insidieux « Bientôt 50 ans ? » , qui d’un je l’espère aura l’effet dévastateur d’un « Capitaine ? La barbe , au dessus ou au dessous ? » , la rongeant atrocement la nuit (« mais comment connaît il mon age ? ») , deux aura le mérite de rebondir dans son crane lorsque le jour de son anniversaire , elle recevra des vœux d’avocats ayant malencontreusement étés informés sur son age …
 
Personne ne m’égale au jeu des coups sous la ceinture .
Par Kane
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Samedi 18 février 2006 6 18 /02 /2006 21:16
Le chèque de solde de tout compte avait a peine refroidi dans ma poche que je fonçais aux Prud’hommes dégainer l’artillerie lourde .
 
Toutes les fois ou j’avais du serrer les dents a écouter les monceaux de reproches que me déversait JPH (l’employeur) , toutes les fois ou je déchargeais ses cartons (qui aurait cru que quelques cigarettes puissent peser autant qu’un demi régiment d’enclumes ?) en me demandant si mon épaule allait rester accrochée au carton , ou si le carton resterait accroché a mon épaule (au choix …), bref , toutes ces fois aussi horripilantes qu’un Arthur faisant mine de compassion (par exemple) ou l’envie me tiraillait de laisser libre court a ma colère et de sauter par dessus son bureau pour lui refaire le visage façon Picasso , je tenais le coup en pensant a ce jour béni ou je pourrais exprimer ma colère a travers les quelques chiffres de l’indemnité que je réclamerais aux Prud’hommes …
 
… j’ai mis beaucoup de zéros sur ma demande …
 
S’en suivait une période de préparation d’artillerie . J’envoyais des courriers dont le ton poli cachait entre les lignes des attaques aussi assassines que haineuses , et l’autre me répondait en m’accusant de tout les maux de la terre , tout juste n’étais je pas responsable selon lui de l’inefficacité de la ligne Maginot .
 
… il est vrai que je n’ai jamais été très patriote .
 
Dans un premier temps , je gagnais face a lui en procédure de référé (dite d’urgence , cad 9 mois d’attente « seulement ») sur le paiement du mois de préavis , procédure qui s’achevait sur un pourvoi en cassation dont la conclusion était vaguement «allez vous faire voir avec vos fumeuses histoires , on a plus important a juger …» . Mais c’était si joliment dit …
 
Le droit est décidément l’art de s’envoyer des horreurs en prose . Quand je vous dit que c’est une vocation …
 
Dans un second temps , je lançais une procédure de jugement (un peu moins d’urgence , oh pas grand chose , ça ne fait que 3 ans que cela dure) dans laquelle JPH préféra passer la main et confier son dossier a une avocate .
Je sais que l’on prendra cela pour du mauvais esprit , mais je vais quand même tenter de faire une petite présentation objective de cette dernière : elle a à peu près la tête de Daisy , la fiancée de Donald , avec le maquillage de la mère de Lionel dans Braindead . Elle m’inspire d’ailleurs la même sympathie que cette dernière , bien que la mère de Lionel ait au moins le mérite d’être drôle par moments …
 
Me battre contre cette espèce de radasse d’avocate , qui est accessoirement haïe par ses confrères (elle gagne quelques procès de temps a autre surtout en faisant des coups foireux sur la procédure . Manque de bol , je suis un as aussi . Ah , pardon . Du coup foireux …) et qui ne pourront que m’être reconnaissant de la rendre chèvre , cela est un pur plaisir .
 



2 spécialistes des coups sous la ceinture , cela donne un duel épique . Avant la première audience , elle m’envoya une lettre dans laquelle elle m’informait qu’elle allait demander un report de l’audience , donc que je n’avais pas a me déplacer . Le matin de l’audience , saisit d’un doute aussi sombre que le ciel de Paris un jour de grève de la RATP , je me rendais sur place « au cas ou » et constatait qu’elle avait réclamé non pas le report mais la radiation de l’affaire . Bien joué Gertrude … hop ! J’ai réinscris l’affaire …
 
Pour l’audience suivante , elle semblait vouloir chercher autant la bagarre qu’un Hooligan mal réveillé . J’obtenais un report a son grand Dam , la ridiculisant un peu au passage devant nombre de ses confrères . Elle se vengeait la fois d’après en réclamant a son tour un report . Bah , un an de perdu , qu’est ce que c’est ?
 
Arriva l’acte IV . Cette fois , nous étions 2 a chercher la bagarre , et j’avais l’honneur de tirer le premier . Je provoquais une suspension de séance en invoquant le caractère oral de la procédure des Prud’hommes pour avoir le droit de lire mes conclusions , que je n’avais pas communiqué a l’autre raclure . J’obtenais gain de cause …

Sur mes 20 minutes de plaidoirie , j’en utilisais 10 pour envoyer des petite phrases cinglantes (« les attestations fournies par Mr JPH sont intéressantes … surtout quand on voit leurs auteurs ! Le beau fils , la petite amie du fils , l’employé qui obtient son licenciement le jour ou il signe l’attestation … ce n’est plus des attestations , c’est une recette de famille ! ») …
 
Les conseillers des Prud’hommes n’ont pas réussi a s’entendre (ou alors peut être n’avaient ils pas envie de se prendre une balle perdue du duel) , aussi l’ont ils joué a la Ponce Pilate en refilant le bébé a un juge du TGI .

Une petite année d’attente supplémentaire passa .
 
(…)
 
Cette semaine , j’ai passé mon mercredi soir a me préparer un argumentaire aussi infaillible que mère Teresa dans ses bons jours , voulant surtout a tout prix éviter un énième report . Comme le disait mon alter ego , « on ne peut pas éviter la guerre , on ne peut que la retarder a l’avantage de son adversaire » (Machiavel était un génie) : après 3 ans d’attente , je risquais de me retrouver avec des bombes nucléaires en face de moi , mieux valait en finir au cas ou …
 
Jeudi matin . J’ai dormi 3 heures , ce qui fait que quand j’émerge , j’arrive a ouvrir un premier œil en pensant qu’un café rendra mon agonie moins douloureuse .

… J’ai du me rabattre sur du thé , je n’avais plus de café . L’impensable était arrivé . Un triste présage , en somme .
 
Mon père voulant me voir a l’œuvre , je lui avais donné rdv aux tribunal , et quand il m’appelait pour me faire remarquer que j’étais légèrement en retard , je lui disais de m’attendre en cherchant du regard l’avocate de la partie adverse , lui présentant ainsi : « tu vas voir , c’est facile de la reconnaître , c’est du Frank Margerin tout craché . Cherche l’avocate au look le plus ahurissant » .

… Il l’a reconnu .
 

Arrivé sur place , petite frayeur en ne voyant pas mon nom sur la liste d’appel des affaires . Dans ce type de situation , je suis souvent frappé du syndrome « Topper Harley » , mais la je me suis surtout précipité dans le bureau du greffe avec le regret de n’être pas venu avec un double shotgun …

… c’est a ce moment la que j’ai entendu « Affaire JPH / Nicopoi » . J’ai rengainé mon shotgun, mais le mal était fait : j’étais aussi tendu qu’un général Américain apprenant le désastre de la baie des cochons . Pas l’idéal pour plaider .
 
Nous sommes rentrés dans le bureau de jugement , et j’ai pu commencer a me marteler de « non Nico , égorger l’avocate n’est pas une solution … non Nico , égorger … » . J’étais donc dans les meilleures dispositions du monde .
 
Et la , Bling ! Arrive la juge , et dans ma tête , tout le monde autour de moi s’écroule . Cette juge , je la reconnais instantanément : c’est la mère d’un de mes anciens meilleurs amis . Et alors que je la vois s’installer , je vois un logo se plaquer sur elle , type « fumer tue » , mais dont le slogan serait « va se déclarer incompétente des qu’elle t’aura reconnu » .
 
Ca a pas loupé . Devant l’avocate médusée , elle m’a sorti avec un grand sourire «ah mais attendez , il y’a un problème , je connais Mr Nicopoi depuis qu’il est tout petit (heureusement qu’elle n’a pas dit «bien qu’il n’ait pas trop grandi depuis» , ma sainte colère se serait reportée sur elle …) donc je ne peux que me déclarer incompétente …»
 
J’ai défoulé ma colère sur l’avocate , en choisissant la juridiction la plus éloignée rien que pour lui mettre en l’air une journée .
 
Ce n’est peut être pas grand chose , mais c’est déjà pas mal .
Par Kane
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